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Harcèlement

19 mars 2010 642 vues 5 réactions

Cadre en Direction TER Provence Alpes Côte d’Azur, après 30 ans passés au sein de l’Entreprise, j’ai vécu pendant 3 ans (et continue de vivre par intermittence… comme au spectacle !) une situation de harcèlement ou ses conséquences.

Au motif que je ne « m’entendais pas avec mon nouveau N+1″, une cadre supérieur du TER m’a convoqué en présence d’une autre personne de l’encadrement, me précisant qu’elle avait toutes prérogatives du directeur TER.
Après 2 heures de pilonnage mental dans la grande salle de crise du PC (nom et lieu bien choisis !), cette personne récemment arrivée à Marseille m’a carrément explicité qu’elle souhaitait que j’aille voir la DRH et que je me trouve un poste ailleurs qu’au TER. « Il faut qu’il y ait une fracture – ton ancien N+1 a d’ailleurs écrit dans ton EIA que tu dois faire progresser tes relations interpersonnelles – tu n’es pas capable de changer » sont des morceaux choisis parmi les termes employés par cette personne, et que j’ai notés consciencieusement (en fait j’ai pris des notes pendant tout « l’entretien »).

La fracture y a effectivement été… J’ai été sali sans motif professionnel (mes dossiers recevaient prix et remerciements en national à cette époque même). Mais cela n’a pas suffi. Ce personnage étrange s’est acharné sur moi et m’a sali personnellement, profondément, en alléguant à la DRH que lors de l’entretien je l’avais… menacée (!!!). Heureusement, le Directeur délégué TER de l’époque (dont l’Entreprise s’est défaite à ce jour…) et l’adjoint à la DRH, me connaissant et reconnaissant sans doute mes défauts, mais aussi mes qualités, m’ont sorti la tête hors de l’eau. Ils m’ont laissé à mon poste. Mon directeur de l’époque m’a dit: « tu fais très bien l’affaire où tu es, tu ne bouges pas, c’est moi qui vais voir RH. Par ailleurs, j’ai expliqué à Mme. x que je ne voulais pas de ces méthodes chez moi ». L’adjointe au DRH m’a dit avoir répondu à Mme. x « Je le connais depuis très longtemps et il ne ferait pas de mal à une mouche ».

Je suis resté au sein du TER, mais après, c’est comme si une toile d’araignée s’était tissée autour de moi, m’enserrant, m’enfermant et surtout m’isolant de plus en plus. Petit à petit, mes collègues se sont éloignés, la rumeur et le travail de sape de ce cadre supérieur faisant son « oeuvre » lentement mais sûrement. On connaît bien le comportement humain en pareille situation (voir études de Edouard T. Hall et Konrad Lorenz), facile donc pour un « représentant de l’autorité », on pourrait même dire pour un « représentant de la force », de faire cerner sa proie pour l’achever tranquillement, discrètement et surtout en toute impunité.

Les mots sont durs, mais les maux le sont encore plus.

Au sein du même service, une collègue, cadre également, est venue me trouver un jour me disant que si cela continuait, elle se jetterait du 4ème étage, « pour que ça se sache »… La même personne, selon les dires de ma collègue aujourd’hui réformée, avait agi. Beaucoup plus récemment, c’est un nouveau cadre qui a craqué. Je ne sais pas comment il va.

De mon côté, voilà comment j’ai réagi: je suis combatif, volontaire et curieux. J’ai commencé, après avoir analysé la situation, à rechercher les possibilités pour que cesse cette situation devenue insupportable. J’ai pris un CIF, passé un diplôme de Capitaine de la marine marchande. Depuis 2009 je suis à temps partiel. 50%. 6 mois-6 mois, c’est à dire que d’avril à septembre j’échappe à cet enfermement.

Dernièrement, suite à un nouveau « dérapage » – manque de respect en face à face et devant une jeune stagiaire de la part de l’une des collaboratrices de la cadre supérieur qui a voulu ma peau – je n’ai pas voulu réagir, j’ai voulu prendre sur moi. La jeune stagiaire m’a dit: « Monsieur, ne vous laissez pas faire ». Résultat pour avoir sans doute trop pris sur moi depuis trop longtemps: lors de la VMT (annuelle donc), j’ai craqué comme un minot. Le médecin m’a demandé de m’arrêter au moins 1 mois, peut-être même 3 mois, me précisant de ne même pas repasser en Direction. Il a rédigé un courrier à l’attention de mon médecin de famille pour lui indiquer que j’étais en décompensation sévère.
J’ai repris au bout d’1 mois, pour continuer de me battre. En fait, habituellement hypotendu, le médecin du travail m’a expliqué lors de la visite de pré – reprise, que j’avais fait une très forte poussée de tension, associée à une augmentation du taux de cholestérol…
Voilà 3 ans que je rencontre régulièrement (environ tous les 2 mois), le médecin de Région, à qui je me confie et qui prend des notes.
Le médecin du travail, lors de la VMT, a également souhaité que je bénéficie d’un soutien psychologique.
Depuis la même époque, je suis également suivi une fois par semaine à l’hôpital, car le stress a aggravé une occlusion des maxillaires (ma mâchoire s’est bloquée pendant quelques jours, ceci nécessitant rééducation et soins onéreux).

Depuis toujours non syndiqué, je suis allé prendre conseil auprès de très bons collègues responsables syndicaux, à Paris et à Marseille. J’ai conservé tous les écrits possibles (mails, notes…) susceptibles de contribuer à prouver les faits que je décris, dans le cas ou je me déciderais à engager une procédure pour harcèlement. Certains de mes collègues m’ont rapporté des propos ou des attitudes tendant à systématiquement dénigrer, au cours de réunions, la qualité de mon travail. Je leur ai demandé s’ils accepteraient d’en témoigner, mais s’ils s’insurgent au fond d’eux, ils ont peur, la réponse est toujours « non ». Bref, on m’a découragé d’engager quoi que ce soit, m’expliquant qu’il est très difficile de gagner ce type de procès, sauf à engager une démarche collective pour harcèlement.

A 48 ans, ma vie professionnelle (à la SNCF) s’est arrêtée sur image. Pas une jolie image, pas méritée, en tout cas ce mauvais film laisse un beau sentiment d’injustice. Aujourd’hui, on m’a levé mes dossiers: j’étais chef de produits trains touristiques et ma formation initiale concerne les domaines du marketing, je me retrouve à traiter un dossier production, ce dont cependant je remercie sincèrement les 2 cadres qui ont continuer à me faire confiance, envers et contre tout. Heureusement la mer et le monde des marins m’apportent de belles satisfactions. A ce stade, j’ai dépassé la situation, mais le plus dur reste devant: il faut que je l’évacue définitivement.

Alors quoi faire ? Un procès ? Une réforme ? Un bon compromis: un chèque et je m’en vais sans faire de bruit ?
En tout cas moi, je n’ai plus envie de rester dans cette entreprise.
Par contre je me sens très vivant, mais surtout plus utile et plus digne ailleurs.

Je dois dire que je suis très interpellé par le fait que l’ensemble des partenaires – entreprise, médecins du travail, psychologues, partenaires sociaux, CHSCT…- s’ils nous apportent une aide considérable, fondamentale et sans doute largement salvatrice, ne permettent pas aux gens comme moi (combien sommes-nous ?!) de pouvoir au moins faire cesser les actes et les attitudes du type de ceux que je viens de décrire.
Il faut trouver les moyens d’agir, concrètement, rapidement, et travailler en parallèle pour faire de la prévention.
Il existe un code déontologique et un service du contrôle général à la SNCF. Des enquêtes pourraient être menées sur les pratiques managériales. Ce n’est pas la vie professionnelle de ceux qui subissent qui doit s’éteindre, c’est la carrière de ceux qui harcèlent qui doit s’interrompre, au moins le temps qu’il faut pour qu’ils respectent, à l’avenir, les individus.

J’ai décidé de sortir de cette solitude. Dans ces cas-là, pour ne pas inquiéter l’entourage familial, on se tait généralement. On a honte, on se dit qu’on a sans doute une part de responsabilité. Pourquoi pas d’ailleurs ? Moi, j’ai toujours cru que l’entreprise se doit de jouer un rôle dans le développement des individus et de la société. Une forme de situation « gagnant – gagnant » où l’on progresse ensemble. Pas un système où l’on vous brandit sous le nez le contenu de votre EIA d’il y a 2 ans pour vous prouver que vous êtes nul, ou incapable.

Je suis prêt à témoigner ou débattre à visage découvert, y compris au plus haut niveau de l’entreprise. Mon but premier est que le moins d’individus possible ne subissent une situation similaire, gratuitement, sans que l’équité ne leur soit restituée.

Je remercie ma compagne, qui a évidemment partagé ces moments douloureux, de m’avoir écouté, soutenu, secoué et qui m’aide à rester moi-même.

PIJI
cheminot : Oui
activité : Commercial
qualification : Cadre
Région PACA

18/03/2010

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5 réactions »

  • Intégrité atteinte (author) dit :

    Je souhaite rester pour l’instant sous le couvert de l’anonymat pour éviter tout risque de mauvaises intentions à mon égard. Aujourd’hui,
    Je m’interroge à mon éventuelle participation à la journée du 28 avril 2010 car ma décision ne pourra pas s’accomplir dans la précipitation et l’impulsion irréfléchie. Je comprends parfaitement cette forme de mal destructeur car j’ai une parfaite connaissance de ce que l’on peut éprouver dans cette situation très complexe. Je me situe au sein de la DDTER et je subis aussi des pressions de cette madame X cadre supérieure.
    Ce que je ressens est un mal physique, qui m’engendre une douleur vive, qui me blesse au plus profond de moi, qui porte atteinte à mon intégrité et qui me détruit encore plus chaque jour. Ce que Je ressens aussi est un mal moral qui engendre l’humiliation et la honte vis-à-vis des collègues de travail.
    Surtout, Il faut prendre en considération que chaque situation est unique, comme chaque individu.

  • vincenzo dit :

    j’ai lu ton témoignage et te félicite pour ton courage; j’ai moi même laissé un petit témoignage sur le site.
    j’ai en effet vécu une aventure un peu comparable et suit en maladie depuis 2 années. je me suis décidé depuis peu a déposer une plainte pour harcèlement au pénal, je n’ai pas encore de retour de celle-ci ( c’est le procureur qui doit décider de poursuivre ou pas la sncf ) : dans ma plainte je ne demande aucun dédommagement : mais j’espère seulement que si elle est reçue et qu’elle aboutit cela puisse servir aux autres collègues qui ont des problèmes et peut être ralentir le rouleau compresseur.
    je suis moi aussi prêt a témoigner car personne ne mérite de subir ce que j’ai enduré.
    bonne continuation.
    maitrise technicentre paca

  • autre cadre : mais est-ce harceler les agents que de leur demander tout simplement de rendre des comptes sur leur travail ? dit :

    Je trouve cela un peu facile et surtout très lâche, de tenir de tels propos sur un site internet, sans que la personne incriminée en ait même été informée et je m’interroge sur l’usage qui pourrait être fait d’un tel témoignage aussi diffamatoire et des conséquences que cela pourrait avoir pour la personne accusée. Je suis également cadre à la DDTER, je connais très bien madame X cadre supérieure et je suis outrée par ce que je lis dans ce témoignage. Je ne souhaite pas rajouter à la polémique, mais est-ce harceler les agents que de leur demander tout simplement de rendre des comptes sur leur travail ? Cette cadre sup est unanimement reconnue pour ses compétences et appréciée par la majorité de ses collaborateurs, particulièrement pour ses qualités humaines.

  • polo13 : pour ma part j'ai peur de parler d'être reconnu dit :

    bonjour
    je me rend compte à quel point je ne suis pas le seul à souffrir, le poste que j’occupe est un poste en opérationnel au cœur même de la production. Je vous envie tous d’avoir eu le courage de poster votre vécu pour ma part j’ai peur de parler d’être reconnu.
    cordialement
    polo13

  • noel : très content de t’avoir connu pendant cette journée sur le colloque travail et sante du 28/4/10 à Marseille dit :

    bonjour jipi.
    je suis très content de t’avoir connu pendant cette journée sur le colloque travail et sante du 28/4/10 à Marseille. Après notre courte entrevue, j’ai rechercher tout ce week-end à lire ton blog.
    Maintenant que j’ai plus de détails, je te remercie. Tu exprimes bien ce que j’ai ressenti moi aussi. je comprends mieux ce que je subis depuis des années : stress, mal de vie ou de travail, dévalorisation systématique, le même phénomène de la toile d’araignée.

    J’avais l’impression d’être tout seul. J’ai plus de 30 ans de maison également mais une chose dont je suis sur s’est que personnes ne t’aidera devant la direction (souvent le crime profite à d’autre…).

    Suite à cette journée et à la collecte d’informations sur le web, il est pour moi plus facile de comprendre tout çà. Pour moi aussi, mon épouse m’a permis de me maintenir hors de l’eau. J’espère que ces témoignages collectifs permettront un jour d’évoluer. Je vois aussi que toutes les catégories sociales sont touchées. Pour ma part, je suis technicien âgé de 54 ans et je me dit que si un jour j’arrive à la retraite, je n’aurais qu’un constat d’échec de cette vie professionnelle qui délabre la vie familiale et collective.
    au plaisir de te lire.
    Noel

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